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Sabia et la Caisse de dépôt , pas si mal

Lundi, 8 mars 2010

La Caisse de dépôt et placement du Québec vient de déposer ses résultats pour l’année 2009. Cela a donné l’occasion à bien des commentateurs financiers et certaines têtes politiques, dont principalement Pauline Marois, de critiquer ouvertement une fois de plus la direction de la Caisse.

L’occasion était belle, car la Caisse a réalisé un rendement de 10 % en 2009, alors que le rendement de son indice de référence atteignait 14,1 %. La dévaluation de prêts immobiliers consentis aux États-Unis, ainsi qu’un rendement bien en-deçà de l’indice de référence de son portefeuille de placements privés expliquent la sous performance du bas de laine des québécois, qui comme l’année précédente se retrouve parmi les derniers de classe dans le monde de la gestion de patrimoine.

Mais en y regardant de plus près, on constate une nette amélioration en deuxième moitié d’année. En effet, durant les 6 premiers mois de l’année, la Caisse a réalisé un rendement négatif de – 0,3 % comparativement à un rendement positif de 4,7 % pour l’indice de référence. Mais pour le 6 derniers mois, la Caisse a battu l’indice grâce à un rendement de 10,4% contre 9 % pour celui-ci.

L’arrivée de Michael Sabia

Rappelons nous que Michael Sabia assume la présidence de la Caisse depuis mars dernier. À son arrivée, l’institution était en bien piètre état. Les marchés boursiers de par le monde venaient de s’écrouler. La Caisse avait perdu gros, mais pire encore, à cause d’un manque de liquidité, elle était alors sous-pondérée en actions alors que le rallye boursier allait s’amorcer. Ceci excuse sûrement en partie la sous performance de la Caisse en première moitié d’année. On ne pouvait pas demander à Michael Sabia à son premier jour à la Caisse de rétablir les liquidités et de s’empresser d’acheter des actions alors que les marchés étaient en pleine crise.

Par ailleurs, il est rassurant de voir que de bonnes décisions ont été prises au cours de la deuxième moitié de l’année. Les résultats le confirment.

De plus, il semble bien que l’on soit en train d’assister à la Caisse de dépôt à un changement de culture. D’un groupe arrogant de professionnels qui se croyait tout permis sans avoir à rendre de comptes aux vrais propriétaires, soit l’ensemble de la population, on retrouve aujourd’hui des gens qui semblent plutôt enclins à nous informer de ce qui se passe vraiment au sein de l’institution.

Transparence et compétence

Comme bien d’autres, j’avais plutôt mal reçu l’annonce de la nomination de Michael Sabia à la présidence de la Caisse. D’abord, je ne pouvais pas accepter le manque total de transparence qui avait marqué le choix du candidat. Mais aussi, je mettais en doute les compétences de l’individu pour ce poste des plus exigeants en gestion de patrimoine.

Bien qu’il soit sûrement trop tôt pour porter un jugement définitif sur la compétence de la nouvelle direction de la Caisse, force est d’admettre que pour l’instant, Michael Sabia et la Caisse, c’est pas si mal du tout. Mme Marois pourrait devoir trouver quelqu’un d’autre sur qui tirer.

 

Grâce aux produits dérivés

Lundi, 1er mars 2010

Fin des années 70, début des années 80. Une période économique qui s’annonçait difficile, et qui le sera. Les gouvernements étaient tombés dans la spirale des déficits depuis 1976, et l’inflation explosait, conséquence du premier choc pétrolier. L’impact sur les taux d’intérêt allait être dramatique.

Pour favoriser le développement de l’industrie porcine, le gouvernement du Québec offrit de garantir les prêts consenties par les banques pour la construction de porcherie. Les instigateurs de cette mesure étaient probablement loin de se douter qu’ils ouvraient alors la porte à l’utilisation de produits dérivés financiers dans la grande région agricole entre St-Hyacinthe et Granby.

Les agriculteurs faisaient alors affaires principalement avec les caisses populaires de leur municipalité ou de leur village. Plusieurs se présentèrent à leur caisse pour obtenir un prêt et se lancer dans l’élevage de porcs étant donné la demande des abattoirs concentrés dans cette région.

Titrisation

Mais ces petites caisses n’avaient pas suffisamment de liquidités pour répondre à cette demande soudaine de leurs sociétaires. Elles se tournèrent donc vers l’Union régionale des caisses (à l’époque le Mouvement Desjardins était décentralisé et comptait 10 organismes qui agissaient comme fédération régionale). L’Union régionale leur suggéra de consentir tous les prêts pour le financement des porcheries et leur assura qu’elle leur fournirait les liquidités nécessaires grâce à sa capacité d’effectuer des transactions entres les sociétés membres du réseau des caisses, et la possibilité de lever des fonds sur les marchés des capitaux. Bien que le terme n’était à peu près utilisé pas à l’époque, il s’agissait bien de titrisation, c’est-à-dire un regroupement de créances revendu à des investisseurs.

Swap de taux d’intérêt

Mais cette croissance des prêts dans les caisses allaient les exposer à un risque énorme. Les caisses utilisaient des fonds (dépôts des membres et liquidités obtenues de l’Union régionale) dont l’échéance était relativement courte, soit environ un an en moyenne. Mais elles prêtaient l’argent aux agriculteurs pour des périodes de 5 ans et plus. L’environnement économique de l’époque nous annonçait une hausse importante des taux d’intérêt. Certains parlaient même de taux à 20 ans. Et ils eurent raison.

Comme les caisses allaient devoir renouveler les dépôts à chaque année à des taux de plus en plus élevés, mais qu’elles n’allaient recevoir que le même taux sur les prêts consenties, elles auraient à subir des pertes énormes. Un produit dérivé, le “swap de taux d’intérêt ”, allait leur permettre de se mettre à l’abri de ces fluctuations de taux. Le “swap de taux d’intérêt” est un contrat par lequel l’institution s’engage à payer un taux fixe et à recevoir un taux variable. En contractant un “swap de taux d’intérêt”, les caisses purent neutraliser l’effet pervers du déséquilibre entre l’échéance moyenne de ses dépôts et de ses prêts.

Le résultat. L’industrie porcine prospéra. Le Québec devint un chef de file dans l’exportation du porc jusqu’au Japon. Abattoirs et porcheries firent de bonnes affaires et créèrent de nombreux emplois dans la région. Quant aux caisses, la croissance, autant des actifs que des bénéfices, s’accéléra, ce qui permit de faire de nouveaux prêts pour développer d’autres secteurs d’activité et de distribuer aux membres des ristournes de plus en plus élevées. Et tout ça, grâce aux produits dérivés.

       

Intolérance, quand tu nous tiens

Lundi, 22 février 2010

Le visionnement de l’excellent reportage sur l’histoire politique de l’ex-président sud-africain Nelson Mandela la semaine dernière à RDI m’a rappelé une réalité si facile à oublier, soit que l’intolérance nous guète continuellement.

Dans la première de deux émissions, le reportage nous ramène en 1950, après que les Boers eurent reconquis la majorité au parlement sud-africain et alors qu’Hendrik Verwoerd est nommé ministre des affaires indigènes. Sa principale responsabilité sera de mettre en place la complexe législation de l’apartheid.

Il fut alors établi et légiféré que les noirs devaient avoir un statut social inférieur parce qu’ils étaient moins intelligents. En fait, même s’ils grandissaient et vieillissaient, leur intelligence demeurait celle d’un enfant. Et pour bien faire sentir cette réalité, on les surnommait les “ boys “, pour petits enfants.

Ce bout de reportage a réveillé un souvenir. En 2003, j’ai eu la chance de visiter l’Afrique du Sud. J’étais reçu chez un ami qui avait le statut d’expatrié et qui travaillait pour une multinationale dans le secteur de l’informatique. Il demeurait en banlieue de Pretoria, la capitale. Canadien de naissance, d’une famille on ne peut plus québécoise, cet ami était établi en Afrique du Sud depuis 10 ans et avait fondé sa famille la-bas en épousant une afrikaner. Il était bien intégré à la vie sud-africaine.

Il venait de faire l’acquisition d’une magnifique demeure dans un gated community, c’est-à-dire un développement complètement entouré de clôtures et continuellement patrouillé par des gardes armés afin d’assurer la sécurité de ses résidents.

Toujours des “ boys “

À mon arrivée à la barrière d’entrée de la communauté, j’avais remarqué une vingtaine d’individus de race noire qui étaient en fait des travailleurs journaliers qui attendaient que les propriétaires des maisons et des domaines de la communauté viennent les embaucher pour la journée afin effectuer des travaux à leurs propriétés. Le lendemain, à ma grande stupéfaction, mon ami, qui était à faire le terrassement de sa propriété, me dit textuellement : ” Je vais aller à la barrière chercher quelques “ boys “ pour effectuer les travaux ”. Après 60 ans de lutte et 10 ans de liberté, ils étaient encore les “ boys “ de certains.

Aux États-Unis, les noirs ont obtenu le droit de vote en 1870. Mais ce n’est qu’en 1965, après des années de luttes acharnées menées par les groupes des droits civiques, qu’une nouvelle législation présentée par le président Lyndon Johnson garantit finalement l’exercice de ce droit.

Mais quatre décennies plus tard, il semble que l’intolérance est toujours présente. Il y a 2 semaines, lors d’une allocution à la convention nationale du Tea Party à Nashville au Tennessee, le député républicain du Colorado, Tom Tancredo, déclara :” People who could not even spell the word <vote> or say it in english put a committed socialist ideologue in the White House. His name is Barack Hussein Obama”. J’en déduis que le député croit que des citoyens américains ne devraient pas avoir le droit de vote, et il ne s’est pas gêné pour le dire sur cette tribune que lui offrait le Tea Party et qui lui permettait d’avoir un rayonnement national.

En Afrique du Sud, les noirs forment maintenant environ 95 % de la population, et ils contrôlent les institutions démocratiques, ainsi que l’économie. L’intolérance des blancs à leur égard ne constitue donc plus une menace à l’exercice de leurs droits démocratiques.

Mais aux États-Unis, c’est moins sûr. Pas mal moins sûr.

 

       

Paul versus Sarah

Lundi, 15 février 2010

Depuis le dépôt du budget de l’administration Obama la semaine dernière, la question du déficit budgétaire et de ses conséquences à long terme sur l’économie américaine ont pris beaucoup de place dans l’actualité financière. Et pour cause. Il s’agit là d’une question épineuse, pas nécessairement facile à comprendre, et pour laquelle les opinions peuvent facilement différer.

Sarah Palin, l’ex-candidate à la vice-présidence américaine lors de l’élection de novembre 2008, a soulevé un enthousiasme délirant de la part d’une foule de partisans du sud des États-Unis samedi dernier à la réunion nationale du Tea Party. Elle tentait d’expliquer que la gestion budgétaire de l’administration actuelle allait mener les États-Unis tout droit à la faillite.

C’est que les États-Unis devront absorber un déficit gigantesque cette année, soit 1,3 trillions de dollars, et un autre probablement aussi grand l’an prochain.

Mme Palin évoque une croissance à outrance des dépenses du gouvernement, principalement les programmes de sauvetage du système financier, ainsi que les subventions aux entreprises et les programmes de relance économique pour expliquer les déficits. Elle, qui pourrait bien tenter sa chance à la prochaine élection présidentielle en 2012, exige entre autres choses la fin de ces programmes et la mise en place immédiatent d’une réduction des taxes pour tous les américains. 

Agenda politique

Paul Krugman, récipiendaire du Prix Nobel d’économie en 2009, n’est pas du tout de cet avis. Il qualifie d’hystérie tous les discours enflammés autour du déficit, et craint que cette attitude pousse le gouvernement dans la mauvaise direction.

Il ne faut pas mettre fin aux programmes de relance, mais les augmenter selon lui. Une des principales raison de l’augmentation du déficit est la crise économique elle-même qui sabre dans les revenus du gouvernement. La hausse sensible du taux de chômage réduit d’autant les recettes fiscales. Mettre fin aux programmes de relance et diminuer les dépenses du gouvernement ne feraient que décupler le problème.

Il serait suicidaire que le gouvernement se retire maintenant, selon Krugman. Plus l’économie est faible, plus le gouvernement doit être pro-actif.

Pour lui, l’hystérie autour du déficit n’est là qu’en fonction d’un agenda politique, celui du parti républicain. La complexité de la question du déficit fait en sorte que pour plusieurs, il devient difficile de départager entre le cynisme des uns et l’argument économique sérieux des autres.

Et ce qu’il y a de plus tragique, selon lui, c’est que cette hystérie du déficit gagne suffisamment d’adeptes et fait en sorte qu’à Washington on ne cherche plus qu’à couper quelques milliards de dépenses par-ci par-là et qu’on oublie de s’attaquer au vrai problème, celui de l’emploi. 

 

Paul versus Sarah

Mercredi, 10 février 2010

Depuis le dépôt du budget de l’administration Obama la semaine dernière, la question du déficit budgétaire et de ses conséquences à long terme sur l’économie américaine ont pris beaucoup de place dans l’actualité financière. Et pour cause. Il s’agit là d’une question épineuse, pas nécessairement facile à comprendre, et pour laquelle les opinions peuvent facilement différer.

Sarah Palin, l’ex-candidate à la vice-présidence américaine lors de l’élection de novembre 2008, a soulevé un enthousiasme délirant de la part d’une foule de partisans du sud des États-Unis samedi dernier à la réunion nationale du Tea Party. Elle tentait d’expliquer que la gestion budgétaire de l’administration actuelle allait mener les États-Unis tout droit à la faillite.

C’est que les États-Unis devront absorber un déficit gigantesque cette année, soit 1,3 trillions de dollars, et un autre probablement aussi grand l’an prochain.

Mme Palin évoque une croissance à outrance des dépenses du gouvernement, principalement les programmes de sauvetage du système financier, ainsi que les subventions aux entreprises et les programmes de relance économique pour expliquer les déficits. Elle, qui pourrait bien tenter sa chance à la prochaine élection présidentielle en 2012, exige entre autres choses la fin de ces programmes et la mise en place immédiatent d’une réduction des taxes pour tous les américains.  

Agenda politique

Paul Krugman, récipiendaire du Prix Nobel d’économie en 2009, n’est pas du tout de cet avis. Il qualifie d’hystérie tous les discours enflammés autour du déficit, et craint que cette attitude pousse le gouvernement dans la mauvaise direction.

Il ne faut pas mettre fin aux programmes de relance, mais les augmenter selon lui. Une des principales raison de l’augmentation du déficit est la crise économique elle-même qui sabre dans les revenus du gouvernement. La hausse sensible du taux de chômage réduit d’autant les recettes fiscales. Mettre fin aux programmes de relance et diminuer les dépenses du gouvernement ne feraient que décupler le problème.

Il serait suicidaire que le gouvernement se retire maintenant, selon Krugman. Plus l’économie est faible, plus le gouvernement doit être pro-actif.

Pour lui, l’hystérie autour du déficit n’est là qu’en fonction d’un agenda politique, celui du parti républicain. La complexité de la question du déficit fait en sorte que pour plusieurs, il devient difficile de départager entre le cynisme des uns et l’argument économique sérieux des autres.

Et ce qu’il y a de plus tragique, selon lui, c’est que cette hystérie du déficit gagne suffisamment d’adeptes et fait en sorte qu’à Washington on ne cherche plus qu’à couper quelques milliards de dépenses par-ci par-là et qu’on oublie de s’attaquer au vrai problème, celui de l’emploi. 

Économie et croissance économique: ce que ça peut changer rapidement

Lundi, 8 février 2010

Les choses semblaient aller tellement mieux à la fin de l’année 2009, que l’on avait presque l’impression de sortir d’un mauvais rêve. L’économie s’était relevée, disait-on. La croissance économique américaine pour le quatrième trimestre allait en surprendre plus d’un, semblait-il. Même qu’il devenait nécessaire de penser au moment approprié pour remonter les taux d’intérêt.

La croissance économique du dernier trimestre n’a pas déçu, même qu’elle a été supérieure aux prévisions. Les économistes tablaient sur une augmentation du PIB réel d’environ 3,5 %, mais le premier estimé publié la semaine dernière a plutôt révélé une hausse de 5,7 %.

Mais ceux qui examinent à fond ces données, tel le service des Études économiques de Desjardins, ont été vite refroidis. “ Les sources de cette croissance ne sont pas généralisées et elles sont surtout issues des mesures gouvernementales de relance et du renversement de la correction des stocks et non d’une hausse robuste de la demande intérieure privée “, disent les économistes de Desjardins.

Et d’autres problèmes sont soudainement apparus. La solvabilité de la Grèce est revenue à l’avant-plan de l’actualité. La Chine a commencé à opérer un resserrement des conditions économiques en annonçant un relèvement des réserves que doivent maintenir les banques chinoises, ce qui se traduira par moins de prêts aux entrepreneurs chinois, donc moins d’achats de matières premières aux États-Unis, ainsi qu’au Canada, bien sûr. Et aux États-Unis, l’administration Obama doit se débattre avec la perte de sa majorité au Sénat et une réforme bancaire qui peine à prendre forme et qui mine la crédibilité des dirigeants.

La preuve inexorable que les conditions économiques sont en train de changer pour le pire, la bourse américaine a été plombée de 4,2 % en seulement trois jours, et ce même avec l’annonce de l’étonnante croissance du PIB.

Revoir les prévisions pour 2010

Il faut donc revoir les perspectives économiques de 2010. Paul Krugman, le récipiendaire du prix Nobel d’économie l’an dernier répète que de nouveaux programmes de relance des gouvernements seront nécessaires pour maintenir à flot l’économie et pour éviter que le taux de chômage n’augmente encore plus. Mais la situation budgétaire des gouvernements, tous aux prises avec des déficits records, le permettra-t-elle ? Poser la question, c’est y répondre.

Une chose est sûr, les taux d’intérêt demeureront très bas. C’est du moins ce que pense Desjardins. Pour les États-Unis, ils disent:” L’économie demeure trop fragile pour supporter en resserrement de la politique monétaire. Le chômage élevé, les difficultés du crédit et la décélération prévue de l’inflation de base font qu’une augmentation des taux directeurs n’est pas prévue avant 2011”.

Et au Canada, pas de hausse avant au moins le dernier trimestre, selon Desjardins.

Crise à la Cour Suprême des USA

Lundi, 1er février 2010

Bien que les crises à gérer ne manquent pas présentement, Barack Obama s’attaque maintenant à la Cour suprême en dénonçant sa plus récente décision et en promettant de faire tout en son pouvoir pour la contester.

Le cas concerne une décision de la Federal Election Commission (FEC) d’empêcher un groupe conservateur appelé Citizens United d’utiliser ses propres fonds pour financer et promouvoir le film < Hillary:The Movie>, un documentaire très critique à l’endroit de la sénatrice qui tentait alors d’obtenir l’investiture du parti démocrate à l’élection présidentielle de 2008.

Par une décision de 5 voix contre 4, la Cour suprême a réfuté l’argumentation de la FEC qui veut limiter dans certains cas les contributions de sociétés américaines ou étrangères aux campagnes électorales.

Depuis la retraite en 2005 de la juge Sandra Day O’connor, qui assurait un fragile équilibre entre libéraux et conservateurs au sein de la cour, et son remplacement par le juge Samuel Alito, ainsi que le décès la même année du juge en chef William Rehnquist remplacé par le juge John Roberts, deux nominations de Georges W. Bush, la Cour suprême des États-Unis est majoritairement républicaine.

Les 5 voix conservatrices ont fait valoir le premier amendement à la constitution des États-Unis, soit celle qui garantie la liberté d’expression, pour justifier qu’il soit permis à quiconque en tout temps de financer un projet qui peut avoir comme conséquence de modifier l’opinion publique à la veille d’une élection.

Les 4 voix libérales insistaient pour leur part sur la nécessité de mécanismes pour empêcher que le résultat d’une élection à un poste public soit déterminé par la participation démesurée à la dernière minute d’un groupe d’intérêt, ce qui fausserait le jeu de la démocratie.

En somme, la question était de savoir si la sacro-sainte liberté d’expression permet à quiconque de s’ingérer dans le processus électoral au détriment peut-être de la démocratie elle-même ? La Cour suprême a répondu oui, ce qui a rendu Barack Obama furieux.

John Paul Stevens

Les décisions de la Cour suprême s’accompagnent généralement d’une opinion des juges qui ont voté contre. Dans le cas de FEC c. Citizens United , c’est le vénérable juge John Paul Stevens qui a rédigé l’opinion minoritaire. Le juge Stevens aura 90 ans en avril.

La bi-partisannerie de la Cour suprême est perçue par plusieurs comme un danger pour la démocratie américaine, et ce jugement en fournit sûrement un bel exemple. Dans son opinion, d’une grande sévérité à l’endroit de ses pairs, John Paul Stevens commence ainsi (je n’ai pas voulu traduire le texte afin de m’assurer de ne pas modifier le ton et le fond des propos du juge. ” The Court’s ruling threatens to undermine the integrity of elected institutions across the Nation. The path it has taken to reach its outcome will, I fear, do damage to this institution.” Et il poursuit:” Five justices were unhappy with the limited nature of the case before us, so they change the case to give themselves an opportunity to change the law.

Le juge Stevens explique qu’il voit dans ce jugement un danger pour l’individu. ” The Court’s blinkered and aphoristic approach to the First Amendment may well promote corporate power at the cost of the individual and collective self-expression the Amendment was meant to serve. It will undoubtedly cripple the ability of ordinary citizens, Congress, and the states to adopt even limited measures to protect against corporate domination of the electoral process.

Dans les années antérieures, la Cour s’était penchée à deux reprises sur une question similaire, soit les cas connus sous les  noms de Austin et McConnell. Dans les deux cas, la Cour avait tranché dans l’autre sens. John Paul Stevens conclut alors :” The only relevant thing that has changed since Austin and McConnell is the composition of this Court ”.

Si le jeune président des États-Unis veut s’attaquer à la Cour suprême, son meilleur allié est probablement le vieillard qui y siège.

Manipulation de l’information en haut lieu-la suite

Lundi, 25 janvier 2010

Tel que dans l’affaire du sauvetage d’AIG aux États-Unis où l’on accuse aujourd’hui la Réserve fédérale de New York d’avoir dissimulé de l’information qu’elle devait légalement fournir (voir billet du 13 janvier), la gestion de la crise des PCAA chez nous a donné lieu également à un camouflage d’information pertinente qui aurait pu faciliter la compréhension de ce qui passait, et qui sait, sa solution.

Rappelons les faits. En août 2007, sous l’impulsion de la Caisse de dépôt et placement du Québec, dirigée à l’époque par Henri-Paul Rousseau, le marché des papiers commerciaux adossées à des actifs (PCAA) est gelé, c’est-à-dire qu’aucun remboursement des titres venus à échéance ne sera effectué, ainsi qu’aucune transaction sur les titres en circulation. La raison, il faut restructurer ces instruments de dettes qui ne trouvent plus preneur à cause d’une crise de confiance quant au remboursement éventuel de ces papiers.

Les PCAA étaient des billets à court terme garantis par des paniers d’actifs cotés pour la plupart AAA par l’agence de notation Canadian Bond Rating Services (DBRS). Mais la crise de crédit commençait à pointer le bout de son nez à travers le monde, et les investisseurs canadiens qui détenaient les PCCA commençaient à douter de la réelle qualité de ces produits et ne voulaient plus renouveler leurs achats de PCAA lorsque ceux-ci venaient à échéance.

L’idée d’Henri-Paul Rousseau était de remplacer les PCCA qui étaient des titres à court terme par des titres à plus long terme qui viendraient à échéance en même temps que les actifs qui garantissaient les billets. Pour y arriver, il créa avec d’autres participants importants au marché, tels la Banque Nationale et le Mouvement Desjardins, un comité de restructuration dont la présidence fut confiée à l’avocat d’affaires bien connu Purdy Crawford. On comptait sur sa notoriété pour rétablir la confiance des investisseurs.

Purdy Crawford à Montréal

En octobre 2007, une conférence de presse est organisée à Montréal en après-midi, une autre avait eu lieu en matinée à Toronto, pour faire le point sur la restructuration des PCAA que l’on espérait avoir complétée pour Noël. Mandaté par un hebdomadaire québécois, j’ai eu l’occasion d’y assister.

Dans les médias, comme dans les milieux financiers, on mettait en doute la possibilité de restructuration, car circulait l’idée que la qualité des actifs qui garantissaient les PCAA étaient de beaucoup moins bonne qualité que ce que DBRS voulait bien laisser croire.

J’ai donc posé la question suivante à Purdy Crawford. Pourquoi ne pas prendre un des paniers d’actifs qui garantissent les PCAA, il y en avait 32, et de publier la liste ainsi qu’une évaluation de ces actifs ? Je lui ai même offert la première page de mon journal expliquant que si l’on démontrait que les actifs étaient bien de qualité AAA, la crise des PCAA se résorberait aussitôt d’elle-même.

Purdy Crawford a alors demandé à l’une des personnes qui l’accompagnaient de me répondre. Il s’agissait d’un jeune homme travaillant chez J P Morgan, une des grandes banques américaines à qui l’on avait demandé d’opérer la restructuration. Le type m’a alors répondu que l’on ne pouvait pas révéler cette information de peur que des concurrents profitent de la situation et rendent encore plus difficile, si ce n’est impossible, la restructuration. En somme, la même réponse que Timothy Geithner donnait la semaine dernière pour justifier la Réserve fédérale de New York de cacher de l’information relative au sauvetage de l’assureur américain AIG à l’automne 2008.

Catastrophe pour la Caisse de dépôt

La restructuration des PCAA n’a pas été complétée pour Noël 2007 comme l’espérait candidement Purdy Crawford. Il a fallu 15 mois de plus. On estime que les nouveaux titres émis pour de plus longues échéances ne valent pas aujourd’hui la moitié de ce que l’on disait que les PCAA valaient à l’époque. La Caisse de dépôt a perdu entre 5 et 7 milliards de dollars dans cette aventure, et Henri-Paul Rousseau a quitté la Caisse de dépôt emportant avec lui ses secrets. Quant à elle, la Banque Nationale et le Mouvement Desjardins ont perdu environ 2 milliards chacune. La grande majorité des compagnies québécoises, les sociétés gouvernementales et les organismes caritatifs ont perdu des centaines de millions.

En qui a trait à J P Morgan, on ne sait pas comment ils se sont débrouillés. Mais ils étaient les seuls à savoir ce qu’il y avait vraiment dans ces paniers d’actifs qui garantissaient les PCAA. Ils ont dû bien s’en tirer. 

 

 

Manipulation de l’information en haut lieu

Le secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner, nommé à ce poste par Barack Obama en janvier 2009, aurait demandé que des informations pertinentes aux paiements faits à Goldman Sachs et à une dizaine d’autres grandes banques dans le contexte du sauvetage des banques en novembre 2008 ne soient pas rendus publiquement comme l’exigeait pourtant les règles de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’organisme de réglementation des valeurs mobilières aux États-Unis.

L’assureur American International Group (AIG)

Rappelons les événements. American International Group (AIG), qui en 2007 était la plus grosse compagnie d’assurance au monde en terme de capitalisation boursière, était au cœur de l’opération de sauvetage du système financier à cause de son portefeuille d’assurance de crédit (credit default swaps-CDS). Un CDS est une assurance qui garantit le paiement du capital et des intérêts d’un instrument financier au cas où l’emprunteur serait incapable d’effectuer le remboursement.

Le marché des CDS servait d’abord à assurer les obligations des municipalités, mais il s’est ensuite étendu aux obligations des sociétés où il s’est développé de façon exponentielle, permettant à des institutions bancaires de bâtir de gigantesques positions tout en minimisant le risque. Par exemple, Goldman Sachs achetait des obligations de la société ABC qui rapportait 7 % et achetait en même temps un CDS émis par AIG qui lui coûtait 2 %. Ceci lui procurait donc un revenu garanti de 5 %. Goldman Sachs empruntait donc tout l’argent disponible qui coûtait moins de 5 %, et les profits s’accumulaient.

Tous les hedge funds et les autres grandes banques à travers le monde ont utilisé le même stratagème. De son côté, AIG faisait un fortune en émettant les CDS.

Lorsque la crise financière éclata en 2008, il devint rapidement clair qu’AIG n’allait pas avoir les capitaux nécessaires pour rencontrer ses obligations en regard des CDS qu’elle avait vendus. Ceci allait s’avérer évidemment catastrophique pour Goldman Sachs et tous ceux qui détenaient les contreparties des CDS.

C’est AIG qui a reçu les plus grosses sommes du programme de sauvetage du système financier, soit près de 200 milliards. Dans les faits, le gouvernement américain, par son programme de sauvetage, se substituait à AIG afin d’éviter un effet domino qui aurait menacé le système financier.

Paiement préférentiel pour la banque Goldman Sachs

Il appert que certaines banques, dont Goldman Sachs, auraient été favorisées en se faisant payer par IAG avec l’argent du gouvernement la valeur totale de leurs CDS, bien que les marchés indiquaient que ces titres pouvaient être négociés à un escompte important, ce qui aurait diminué les sommes à verser par le gouvernement. On estime que 13 milliards auraient pu être sauvés.

Cette opération de sauvetage a été orchestrée par la Réserve fédérale de New York, l’un des 13 bureaux régionaux de la Réserve fédérale américaine, mais évidemment le plus important. Au moment du sauvetage, Timothy Geithner était le président de la Réserve fédérale de New York. Le secrétaire au trésor était alors Henry Paulson qui avait été auparavant le président de Goldman Sachs.

La Réserve fédérale de New York veut étouffer l’affaire

Dans le cadre du programme de sauvetage, les institutions qui recevaient les fonds devaient divulguer à la SEC comment ils étaient utilisés. En novembre dernier, des courriels émanant de la Fed de New York demandaient délibérément à AIG de ne pas révéler que Goldman et les autres avaient récupéré 100 % de la valeur des CDS. Les courriels ont été obtenus par le député républicain de la Californie, Darrell Issa, qui est aussi un membre influent du Comité du Congrès sur la surveillance et la réforme du gouvernement.

La Réserve fédérale de New York tente de soustraire Timothy Geithner à toute responsabilité en prétendant qu’il s’était déjà éloigné de ce dossier étant donné qu’il était pressenti pour devenir le prochain secrétaire au Trésor. Elle tente aussi de se défendre en expliquant que le système financier était en crise et que le fait de donner trop d’information aurait pu être nuisible.

Le député Issa tentera sûrement de forcer Timothy Geithner à s’expliquer. Ce serait intéressant qu’il réussisse, car le témoignage du secrétaire arriverait à peu près en même temps que l’annonce des boni que toucheront les dirigeants et employés de Goldman Sachs qui viennent de connaître en 2009 une année record.

Au Québec également on a préféré limiter l’information lors de la crise des PCAA. Vous vous rappelez ces placements sécuritaires qui ont coûté 6 milliards à la Caisse de dépôt. J’en fus témoin. Je vous en parle la semaine prochaine.

 

Si l’on pouvait prévoir l’imprévisible

Lundi, 11 janvier 2010

Dans son édition du samedi 27 décembre, le quotidien torontois The Globe and Mail comparait les prévisions économiques pour l ‘année 2010 de deux économistes, réputés selon eux parmi les meilleurs au Canada. Or, ce qui mérite mention selon moi, il s’agit de deux individus œuvrant pour des institutions financières québécoises, soit Stéfane Marion, économiste en chef à la Financière Banque Nationale, et Carlos Leitao, qui occupe le même poste chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

Notons que bien qu’ils travaillent au sein de la filiale de courtage, ils sont tous deux l’économiste le plus haut gradé de leur groupe financier respectif. Les grandes banques ont confié il y a déjà quelques années leurs études économiques, du moins celles destinées au grand public, à leurs filiales de courtage. Seul le Mouvement Desjardins fonctionne différemment, le service des études économiques étant toujours rattaché à la Fédération des caisses populaires, la maison-mère, et non pas à sa filiale de courtage Valeurs mobilières Desjardins.

Que prévoient nos deux experts économiques?

La croissance économique : nul doute que la récession est bel et bien derrière nous, car Stéfane Marion, le plus optimiste des deux, prévoit une croissance de l’économie canadienne de 2,9 % pour l’année 2010, alors que Carlos Leitao anticipe pour sa part un bond de l’économie de 2,1 %. Tous les deux s’entendent à dire que c’est la demande domestique qui sera le moteur de la croissance économique canadienne en 2010, car les exportations, principalement celles vers les États-Unis, tarderont à retrouver leur niveau d’antan.

Le taux de chômage : il demeurera élevé, soit 8 % et plus, selon nos deux économistes. Il atteindra même 8,9 % durant le premier trimestre, pour ensuite reculer mais très, très lentement, selon Carlos Leitao.

Les taux d’intérêt : le gouverneur de la Banque du Canada continue de répéter que le taux de la banque centrale demeurera tout près de zéro au moins jusqu’au milieu de l’année. Stéfane Marion croit plutôt qu’il sera augmenté dès le mois d’avril. Il appuie cette prévision sur le fait que le système bancaire canadien n’est pas dysfonctionnel, comme l’est celui des États-Unis, c’est-à-dire qu’au Canada les banques ont les capitaux nécessaires pour jouer leur rôle de prêteur et ainsi faire fonctionner l’économie. Mais des taux aussi bas entraineront une hausse dangereuse du crédit. Il faudra rapidement des taux plus hauts pour assurer que le crédit disponible n’excède pas les besoins fondamentaux de l’économie, croit l’économiste de la Financière. Pour sa part, Carlos Leitao pense que la Banque du Canada haussera son taux seulement en juillet ou en septembre. Mais il pense également qu’il y aura plusieurs hausses successives qui feront en sorte que le taux passera de 0,25 % à 2 % d’ici le début de 2011. Avis à ceux qui doivent renouveler leur hypothèque.

Le dollar canadien : nos deux économistes ne prévoient pas trop de turbulence pour le huard en 2010. Stéfane Marion croit qu’il terminera l’année à 92 cents (U.S.). Il se situe actuellement autour de 95 cents. La hausse du dollar canadien au cours de la dernière année s’explique en grande partie par la faiblesse du dollar américain. Selon lui, les gens sont trop pessimistes en ce qui concerne le dollar américain. Il n’existe toujours pas de substitut à la devise américaine en tant que monnaie de réserve. C’est pourquoi le dollar américain pourrait rallier cette année. Carlos Leitao pense de même. Au mieux, toute hausse additionnelle du dollar canadien sera minimale, selon lui.

Économie imprévisible

Bien que la qualité du travail de ces deux économistes ne fasse selon moi aucun doute, leurs prévisions comportent néanmoins une marge d’erreur importante. C’est qu’il y aura fort probablement encore cette année un ou des événements inattendus qui viendront perturber la vie économique.

Le quasi-éclatement du système financier à l’automne 2008 et l’effondrement boursier durant l’hiver 2009 ont forcément laissé des séquelles que l’on ne perçoit pas encore, mais qui viendront tôt ou tard hanter ceux qui croient que l’économie est revenu à son état normal.

Tout semble aller maintenant beaucoup mieux. Depuis 9 mois, la bourse canadienne est à la hausse de 57%. Attention de ne pas verser dans la complaisance.

Je vous souhaite une bonne année 2010, mais n’oubliez pas que des événements imprévisibles ne manqueront pas de se produire.