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Un victoire historique quelque peu teintée

Lundi, le 29 mars 2010

Le Congrès américain a finalement voté en faveur du plan de réforme de la santé dont Barack Obama avait fait son cheval de bataille depuis qu’il s’était lancé à l’assaut de la Maison-Blanche en 2006.

Plusieurs présidents au cours des 3 ou 4 dernières décennies avaient échoué dans ce dossier, si bien que chez les démocrates d’Obama, on qualifie l’événement d’historique.

Certains aspects me font plutôt croire qu’il s’agit d’un succès quelque peu teinté. Il fallait 216 votes pour obtenir la majorité et faire adopter la loi. Obama et ses troupes en ont obtenu 219. Pas un républicain ne s’est rallié au projet, et plusieurs représentants démocrates l’ont boudé.

En toute dernière minute, il a même fallu que les dirigeants démocratiques fassent une concession qui n’est pas tellement à leur honneur. Ils ont donné l’assurance à leur collègue du Michigan, Bart Stupack, que les fonds fédéraux ne seraient pas utilisés pour payer des avortements.

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Il me semble que la problématique pro-vie/pro-choix en est une suffisamment importante pour ne pas faire l’objet de ce type de marchandage. Je trouve désolant que l’on accepte de faire une telle concession et que l’on qualifie ensuite l’événement d’historique.

Assurance universelle

Ce que les éléments les plus progressistes de la classe politique souhaitaient, et c’est probablement l’une des principales raisons expliquant l’échec des tentatives de réforme précédentes, c’était que l’on mette sur pied une assurance maladie publique pour tous gérée par l’état. Mais c’est loin d’être ce dont on a accouché.

La réforme adoptée dimanche soir élargira le programme venant en aide aux personnes pauvres, soit le Medicaid, et subventionnera les familles à faible revenu pour qu’elles puissent acheter une assurance maladie privée auprès d’une compagnie d’assurance.

C’est bien loin d’une assurance universelle.

Mais pour passer à l’histoire, et aussi aider à la réélection des représentants démocrates qui affronteront les électeurs en novembre prochain, on s’est contenté d’un succès teinté. Le clivage politique américain entre démocrates et républicains sur les questions sociales ne m’a jamais semblé plus présent que maintenant.  

The big short

Lundi, le 22 mars 2010

Au cas où vous auriez raté l’émission d’information " 60 Minutes " du réseau américain CBS dimanche dernier, le lien ci-bas vous permettra de prendre connaissance du témoignage d’un ancien gars de Wall Street qui s’est ensuite consacré à expliquer comment fonctionne ce monde.

Ce type, Michael Lewis, publiera prochainement un livre intitulé " The Big Short " qui racontera et expliquera la crise financière qui a suivi l’implosion des prêts hypothécaires risqués. Je m’empresserai de l’acheter.

Ex-employé de Solomon Brothers, cette banque d’affaires qui contrôlait le marché des titres à revenu fixe dans les années 90 et qui était à l’époque un concurrent de Goldman Sachs, Michael Lewis écrivit un premier livre intitulé " Liar’s Poker ". Ce livre racontait son histoire chez le banquier. Et il m’avait passionné, car il mettait à jour dès cette époque le problème de culture qui a failli faire crouler le système financier américain l’année dernière. Et qui l’emportera peut-être un jour, car rien ne semble changer, selon l’auteur.

Ce qui est aussi intéressant dans le reportage de " 60 Minutes, c’est l’histoire de l’investisseur qui avait bien vu venir le coup dès 2005, et sur lequel Lewis se base pour raconter son histoire. Pour ceux qui s’intéresse à connaître ce qui s’est vraiment passé.

http://www.cbsnews.com/stories/2010/03/12/60minutes/main6292458.shtml?tag=cbsnewsSectionContent.2

De la parole aux actes

Lundi, 15 mars 2010

Bien de l’encre a coulé depuis le dépôt du budget fédéral jeudi dernier, mais ce sera bien inutile. Sans l’ombre d’un doute, ce budget sera adopté tel quel, tissant la route économique du Canada pour les 5 prochaines années.

L’opposition s’oppose à l’adoption de ce budget, bien sûr. Elle votera contre, mais elle s’assurera que suffisamment de députés soient en vacances ce jour-là pour ne pas risquer de renverser le gouvernement. Pourquoi ? Parce que le peuple ne veut pas d’élections, déclare Michael Ignatieff. C’est désolant. La situation économique canadienne est catastrophique à l’entendre, mais de là à passer aux actes, c’est autre chose.

Pourtant, ce budget est particulièrement important parce qu’il se veut la pièce maîtresse de la stratégie du gouvernement dans sa lutte aux déficits, un des facteurs déterminants du bien-être économique des générations futures.

Le gouvernement a concocté un plan d’élimination des déficits sur 5 ans. Mais, uniquement théorique, ce plan n’a aucune chance de tenir la route. Il repose sur un scénario de croissance économique variant de 2,5 % à 3,5 % au cours des 5 prochaines années. Dans l’état actuel des choses, la visibilité des prévisions économiques ne dépasse pas 6 mois. Croire qu’il ne se produira pas de nouveaux ressacs durant les 5 prochaines années, c’est faire preuve d’une grande naïveté.

Le moment n’est pas à s’enfoncer la tête dans le sable, comme le fait l’opposition, alors que l’existence d’un gouvernement minoritaire pourrait offrir tellement plus. Le temps est au débat. Il faut faire appel à toutes les ressources disponibles pour tracer une stratégie économique qui pourra s’adapter aux situations changeantes que nous vivrons. Malheureusement, le débat économique n’existe pas actuellement, compte tenu de l’incurie de l’opposition.

M. Ignatieff prétend que les canadiens ne veulent pas d’élections. C’est faux. C’est plutôt de lui qu’ils ne veulent pas. En s’abstenant de renverser le gouvernement nécessaire et d’ouvrir un vrai débat sur l’avenir économique du Canada, il ne fait que repousser à plus tard le brainstorming que le Canada aurait tellement besoin dès maintenant pour se sortir de cette situation difficile, sinon alarmante. Malheureusement, le coût économique de ce report sera énorme.

Pas mieux aux États-Unis

Aux États-Unis aussi on a parfois de la difficulté à passer de la parole aux actes. Une enquête du New York Times (NYT) révèle qu’au cours des 10 dernières années le gouvernement fédéral américain a versé 107 milliards en paiements ou en subsides à des multinationales américaines et étrangères qui faisaient des affaires avec l’Iran durant cette période. Plusieurs grandes banques, producteurs d’automobiles et compagnies du secteur pétrolier, dont bien sûr Halliburton, font partie d’un groupe de 74 compagnies identifiées par le NYT.

Pourtant le gouvernement américain tente par tous les moyens d’obtenir de l’ONU l’imposition de pressions économiques supplémentaires sur l’Iran afin de la forcer à abandonner son programme nucléaire. Mais si l’on se fie au NYT, on ne réussit même pas à appliquer les mesures existantes.

Hilary Clinton pourrait avoir de la difficulté à convaincre les autres pays du bien fondé d’imposer de nouvelles pressions économiques, alors que le NYT révèle que 49 des compagnies identifiées dans son rapport sont toujours en Iran, et n’ont pas exprimé jusqu’à maintenant l’intention de se retirer.

 

Sabia et la Caisse de dépôt , pas si mal

Lundi, 8 mars 2010

La Caisse de dépôt et placement du Québec vient de déposer ses résultats pour l’année 2009. Cela a donné l’occasion à bien des commentateurs financiers et certaines têtes politiques, dont principalement Pauline Marois, de critiquer ouvertement une fois de plus la direction de la Caisse.

L’occasion était belle, car la Caisse a réalisé un rendement de 10 % en 2009, alors que le rendement de son indice de référence atteignait 14,1 %. La dévaluation de prêts immobiliers consentis aux États-Unis, ainsi qu’un rendement bien en-deçà de l’indice de référence de son portefeuille de placements privés expliquent la sous performance du bas de laine des québécois, qui comme l’année précédente se retrouve parmi les derniers de classe dans le monde de la gestion de patrimoine.

Mais en y regardant de plus près, on constate une nette amélioration en deuxième moitié d’année. En effet, durant les 6 premiers mois de l’année, la Caisse a réalisé un rendement négatif de – 0,3 % comparativement à un rendement positif de 4,7 % pour l’indice de référence. Mais pour le 6 derniers mois, la Caisse a battu l’indice grâce à un rendement de 10,4% contre 9 % pour celui-ci.

L’arrivée de Michael Sabia

Rappelons nous que Michael Sabia assume la présidence de la Caisse depuis mars dernier. À son arrivée, l’institution était en bien piètre état. Les marchés boursiers de par le monde venaient de s’écrouler. La Caisse avait perdu gros, mais pire encore, à cause d’un manque de liquidité, elle était alors sous-pondérée en actions alors que le rallye boursier allait s’amorcer. Ceci excuse sûrement en partie la sous performance de la Caisse en première moitié d’année. On ne pouvait pas demander à Michael Sabia à son premier jour à la Caisse de rétablir les liquidités et de s’empresser d’acheter des actions alors que les marchés étaient en pleine crise.

Par ailleurs, il est rassurant de voir que de bonnes décisions ont été prises au cours de la deuxième moitié de l’année. Les résultats le confirment.

De plus, il semble bien que l’on soit en train d’assister à la Caisse de dépôt à un changement de culture. D’un groupe arrogant de professionnels qui se croyait tout permis sans avoir à rendre de comptes aux vrais propriétaires, soit l’ensemble de la population, on retrouve aujourd’hui des gens qui semblent plutôt enclins à nous informer de ce qui se passe vraiment au sein de l’institution.

Transparence et compétence

Comme bien d’autres, j’avais plutôt mal reçu l’annonce de la nomination de Michael Sabia à la présidence de la Caisse. D’abord, je ne pouvais pas accepter le manque total de transparence qui avait marqué le choix du candidat. Mais aussi, je mettais en doute les compétences de l’individu pour ce poste des plus exigeants en gestion de patrimoine.

Bien qu’il soit sûrement trop tôt pour porter un jugement définitif sur la compétence de la nouvelle direction de la Caisse, force est d’admettre que pour l’instant, Michael Sabia et la Caisse, c’est pas si mal du tout. Mme Marois pourrait devoir trouver quelqu’un d’autre sur qui tirer.

 

Grâce aux produits dérivés

Lundi, 1er mars 2010

Fin des années 70, début des années 80. Une période économique qui s’annonçait difficile, et qui le sera. Les gouvernements étaient tombés dans la spirale des déficits depuis 1976, et l’inflation explosait, conséquence du premier choc pétrolier. L’impact sur les taux d’intérêt allait être dramatique.

Pour favoriser le développement de l’industrie porcine, le gouvernement du Québec offrit de garantir les prêts consenties par les banques pour la construction de porcherie. Les instigateurs de cette mesure étaient probablement loin de se douter qu’ils ouvraient alors la porte à l’utilisation de produits dérivés financiers dans la grande région agricole entre St-Hyacinthe et Granby.

Les agriculteurs faisaient alors affaires principalement avec les caisses populaires de leur municipalité ou de leur village. Plusieurs se présentèrent à leur caisse pour obtenir un prêt et se lancer dans l’élevage de porcs étant donné la demande des abattoirs concentrés dans cette région.

Titrisation

Mais ces petites caisses n’avaient pas suffisamment de liquidités pour répondre à cette demande soudaine de leurs sociétaires. Elles se tournèrent donc vers l’Union régionale des caisses (à l’époque le Mouvement Desjardins était décentralisé et comptait 10 organismes qui agissaient comme fédération régionale). L’Union régionale leur suggéra de consentir tous les prêts pour le financement des porcheries et leur assura qu’elle leur fournirait les liquidités nécessaires grâce à sa capacité d’effectuer des transactions entres les sociétés membres du réseau des caisses, et la possibilité de lever des fonds sur les marchés des capitaux. Bien que le terme n’était à peu près utilisé pas à l’époque, il s’agissait bien de titrisation, c’est-à-dire un regroupement de créances revendu à des investisseurs.

Swap de taux d’intérêt

Mais cette croissance des prêts dans les caisses allaient les exposer à un risque énorme. Les caisses utilisaient des fonds (dépôts des membres et liquidités obtenues de l’Union régionale) dont l’échéance était relativement courte, soit environ un an en moyenne. Mais elles prêtaient l’argent aux agriculteurs pour des périodes de 5 ans et plus. L’environnement économique de l’époque nous annonçait une hausse importante des taux d’intérêt. Certains parlaient même de taux à 20 ans. Et ils eurent raison.

Comme les caisses allaient devoir renouveler les dépôts à chaque année à des taux de plus en plus élevés, mais qu’elles n’allaient recevoir que le même taux sur les prêts consenties, elles auraient à subir des pertes énormes. Un produit dérivé, le “swap de taux d’intérêt ”, allait leur permettre de se mettre à l’abri de ces fluctuations de taux. Le “swap de taux d’intérêt” est un contrat par lequel l’institution s’engage à payer un taux fixe et à recevoir un taux variable. En contractant un “swap de taux d’intérêt”, les caisses purent neutraliser l’effet pervers du déséquilibre entre l’échéance moyenne de ses dépôts et de ses prêts.

Le résultat. L’industrie porcine prospéra. Le Québec devint un chef de file dans l’exportation du porc jusqu’au Japon. Abattoirs et porcheries firent de bonnes affaires et créèrent de nombreux emplois dans la région. Quant aux caisses, la croissance, autant des actifs que des bénéfices, s’accéléra, ce qui permit de faire de nouveaux prêts pour développer d’autres secteurs d’activité et de distribuer aux membres des ristournes de plus en plus élevées. Et tout ça, grâce aux produits dérivés.

       

Intolérance, quand tu nous tiens

Lundi, 22 février 2010

Le visionnement de l’excellent reportage sur l’histoire politique de l’ex-président sud-africain Nelson Mandela la semaine dernière à RDI m’a rappelé une réalité si facile à oublier, soit que l’intolérance nous guète continuellement.

Dans la première de deux émissions, le reportage nous ramène en 1950, après que les Boers eurent reconquis la majorité au parlement sud-africain et alors qu’Hendrik Verwoerd est nommé ministre des affaires indigènes. Sa principale responsabilité sera de mettre en place la complexe législation de l’apartheid.

Il fut alors établi et légiféré que les noirs devaient avoir un statut social inférieur parce qu’ils étaient moins intelligents. En fait, même s’ils grandissaient et vieillissaient, leur intelligence demeurait celle d’un enfant. Et pour bien faire sentir cette réalité, on les surnommait les “ boys “, pour petits enfants.

Ce bout de reportage a réveillé un souvenir. En 2003, j’ai eu la chance de visiter l’Afrique du Sud. J’étais reçu chez un ami qui avait le statut d’expatrié et qui travaillait pour une multinationale dans le secteur de l’informatique. Il demeurait en banlieue de Pretoria, la capitale. Canadien de naissance, d’une famille on ne peut plus québécoise, cet ami était établi en Afrique du Sud depuis 10 ans et avait fondé sa famille la-bas en épousant une afrikaner. Il était bien intégré à la vie sud-africaine.

Il venait de faire l’acquisition d’une magnifique demeure dans un gated community, c’est-à-dire un développement complètement entouré de clôtures et continuellement patrouillé par des gardes armés afin d’assurer la sécurité de ses résidents.

Toujours des “ boys “

À mon arrivée à la barrière d’entrée de la communauté, j’avais remarqué une vingtaine d’individus de race noire qui étaient en fait des travailleurs journaliers qui attendaient que les propriétaires des maisons et des domaines de la communauté viennent les embaucher pour la journée afin effectuer des travaux à leurs propriétés. Le lendemain, à ma grande stupéfaction, mon ami, qui était à faire le terrassement de sa propriété, me dit textuellement : ” Je vais aller à la barrière chercher quelques “ boys “ pour effectuer les travaux ”. Après 60 ans de lutte et 10 ans de liberté, ils étaient encore les “ boys “ de certains.

Aux États-Unis, les noirs ont obtenu le droit de vote en 1870. Mais ce n’est qu’en 1965, après des années de luttes acharnées menées par les groupes des droits civiques, qu’une nouvelle législation présentée par le président Lyndon Johnson garantit finalement l’exercice de ce droit.

Mais quatre décennies plus tard, il semble que l’intolérance est toujours présente. Il y a 2 semaines, lors d’une allocution à la convention nationale du Tea Party à Nashville au Tennessee, le député républicain du Colorado, Tom Tancredo, déclara :” People who could not even spell the word <vote> or say it in english put a committed socialist ideologue in the White House. His name is Barack Hussein Obama”. J’en déduis que le député croit que des citoyens américains ne devraient pas avoir le droit de vote, et il ne s’est pas gêné pour le dire sur cette tribune que lui offrait le Tea Party et qui lui permettait d’avoir un rayonnement national.

En Afrique du Sud, les noirs forment maintenant environ 95 % de la population, et ils contrôlent les institutions démocratiques, ainsi que l’économie. L’intolérance des blancs à leur égard ne constitue donc plus une menace à l’exercice de leurs droits démocratiques.

Mais aux États-Unis, c’est moins sûr. Pas mal moins sûr.

 

       

Paul versus Sarah

Lundi, 15 février 2010

Depuis le dépôt du budget de l’administration Obama la semaine dernière, la question du déficit budgétaire et de ses conséquences à long terme sur l’économie américaine ont pris beaucoup de place dans l’actualité financière. Et pour cause. Il s’agit là d’une question épineuse, pas nécessairement facile à comprendre, et pour laquelle les opinions peuvent facilement différer.

Sarah Palin, l’ex-candidate à la vice-présidence américaine lors de l’élection de novembre 2008, a soulevé un enthousiasme délirant de la part d’une foule de partisans du sud des États-Unis samedi dernier à la réunion nationale du Tea Party. Elle tentait d’expliquer que la gestion budgétaire de l’administration actuelle allait mener les États-Unis tout droit à la faillite.

C’est que les États-Unis devront absorber un déficit gigantesque cette année, soit 1,3 trillions de dollars, et un autre probablement aussi grand l’an prochain.

Mme Palin évoque une croissance à outrance des dépenses du gouvernement, principalement les programmes de sauvetage du système financier, ainsi que les subventions aux entreprises et les programmes de relance économique pour expliquer les déficits. Elle, qui pourrait bien tenter sa chance à la prochaine élection présidentielle en 2012, exige entre autres choses la fin de ces programmes et la mise en place immédiatent d’une réduction des taxes pour tous les américains. 

Agenda politique

Paul Krugman, récipiendaire du Prix Nobel d’économie en 2009, n’est pas du tout de cet avis. Il qualifie d’hystérie tous les discours enflammés autour du déficit, et craint que cette attitude pousse le gouvernement dans la mauvaise direction.

Il ne faut pas mettre fin aux programmes de relance, mais les augmenter selon lui. Une des principales raison de l’augmentation du déficit est la crise économique elle-même qui sabre dans les revenus du gouvernement. La hausse sensible du taux de chômage réduit d’autant les recettes fiscales. Mettre fin aux programmes de relance et diminuer les dépenses du gouvernement ne feraient que décupler le problème.

Il serait suicidaire que le gouvernement se retire maintenant, selon Krugman. Plus l’économie est faible, plus le gouvernement doit être pro-actif.

Pour lui, l’hystérie autour du déficit n’est là qu’en fonction d’un agenda politique, celui du parti républicain. La complexité de la question du déficit fait en sorte que pour plusieurs, il devient difficile de départager entre le cynisme des uns et l’argument économique sérieux des autres.

Et ce qu’il y a de plus tragique, selon lui, c’est que cette hystérie du déficit gagne suffisamment d’adeptes et fait en sorte qu’à Washington on ne cherche plus qu’à couper quelques milliards de dépenses par-ci par-là et qu’on oublie de s’attaquer au vrai problème, celui de l’emploi. 

 

Paul versus Sarah

Mercredi, 10 février 2010

Depuis le dépôt du budget de l’administration Obama la semaine dernière, la question du déficit budgétaire et de ses conséquences à long terme sur l’économie américaine ont pris beaucoup de place dans l’actualité financière. Et pour cause. Il s’agit là d’une question épineuse, pas nécessairement facile à comprendre, et pour laquelle les opinions peuvent facilement différer.

Sarah Palin, l’ex-candidate à la vice-présidence américaine lors de l’élection de novembre 2008, a soulevé un enthousiasme délirant de la part d’une foule de partisans du sud des États-Unis samedi dernier à la réunion nationale du Tea Party. Elle tentait d’expliquer que la gestion budgétaire de l’administration actuelle allait mener les États-Unis tout droit à la faillite.

C’est que les États-Unis devront absorber un déficit gigantesque cette année, soit 1,3 trillions de dollars, et un autre probablement aussi grand l’an prochain.

Mme Palin évoque une croissance à outrance des dépenses du gouvernement, principalement les programmes de sauvetage du système financier, ainsi que les subventions aux entreprises et les programmes de relance économique pour expliquer les déficits. Elle, qui pourrait bien tenter sa chance à la prochaine élection présidentielle en 2012, exige entre autres choses la fin de ces programmes et la mise en place immédiatent d’une réduction des taxes pour tous les américains.  

Agenda politique

Paul Krugman, récipiendaire du Prix Nobel d’économie en 2009, n’est pas du tout de cet avis. Il qualifie d’hystérie tous les discours enflammés autour du déficit, et craint que cette attitude pousse le gouvernement dans la mauvaise direction.

Il ne faut pas mettre fin aux programmes de relance, mais les augmenter selon lui. Une des principales raison de l’augmentation du déficit est la crise économique elle-même qui sabre dans les revenus du gouvernement. La hausse sensible du taux de chômage réduit d’autant les recettes fiscales. Mettre fin aux programmes de relance et diminuer les dépenses du gouvernement ne feraient que décupler le problème.

Il serait suicidaire que le gouvernement se retire maintenant, selon Krugman. Plus l’économie est faible, plus le gouvernement doit être pro-actif.

Pour lui, l’hystérie autour du déficit n’est là qu’en fonction d’un agenda politique, celui du parti républicain. La complexité de la question du déficit fait en sorte que pour plusieurs, il devient difficile de départager entre le cynisme des uns et l’argument économique sérieux des autres.

Et ce qu’il y a de plus tragique, selon lui, c’est que cette hystérie du déficit gagne suffisamment d’adeptes et fait en sorte qu’à Washington on ne cherche plus qu’à couper quelques milliards de dépenses par-ci par-là et qu’on oublie de s’attaquer au vrai problème, celui de l’emploi. 

Économie et croissance économique: ce que ça peut changer rapidement

Lundi, 8 février 2010

Les choses semblaient aller tellement mieux à la fin de l’année 2009, que l’on avait presque l’impression de sortir d’un mauvais rêve. L’économie s’était relevée, disait-on. La croissance économique américaine pour le quatrième trimestre allait en surprendre plus d’un, semblait-il. Même qu’il devenait nécessaire de penser au moment approprié pour remonter les taux d’intérêt.

La croissance économique du dernier trimestre n’a pas déçu, même qu’elle a été supérieure aux prévisions. Les économistes tablaient sur une augmentation du PIB réel d’environ 3,5 %, mais le premier estimé publié la semaine dernière a plutôt révélé une hausse de 5,7 %.

Mais ceux qui examinent à fond ces données, tel le service des Études économiques de Desjardins, ont été vite refroidis. “ Les sources de cette croissance ne sont pas généralisées et elles sont surtout issues des mesures gouvernementales de relance et du renversement de la correction des stocks et non d’une hausse robuste de la demande intérieure privée “, disent les économistes de Desjardins.

Et d’autres problèmes sont soudainement apparus. La solvabilité de la Grèce est revenue à l’avant-plan de l’actualité. La Chine a commencé à opérer un resserrement des conditions économiques en annonçant un relèvement des réserves que doivent maintenir les banques chinoises, ce qui se traduira par moins de prêts aux entrepreneurs chinois, donc moins d’achats de matières premières aux États-Unis, ainsi qu’au Canada, bien sûr. Et aux États-Unis, l’administration Obama doit se débattre avec la perte de sa majorité au Sénat et une réforme bancaire qui peine à prendre forme et qui mine la crédibilité des dirigeants.

La preuve inexorable que les conditions économiques sont en train de changer pour le pire, la bourse américaine a été plombée de 4,2 % en seulement trois jours, et ce même avec l’annonce de l’étonnante croissance du PIB.

Revoir les prévisions pour 2010

Il faut donc revoir les perspectives économiques de 2010. Paul Krugman, le récipiendaire du prix Nobel d’économie l’an dernier répète que de nouveaux programmes de relance des gouvernements seront nécessaires pour maintenir à flot l’économie et pour éviter que le taux de chômage n’augmente encore plus. Mais la situation budgétaire des gouvernements, tous aux prises avec des déficits records, le permettra-t-elle ? Poser la question, c’est y répondre.

Une chose est sûr, les taux d’intérêt demeureront très bas. C’est du moins ce que pense Desjardins. Pour les États-Unis, ils disent:” L’économie demeure trop fragile pour supporter en resserrement de la politique monétaire. Le chômage élevé, les difficultés du crédit et la décélération prévue de l’inflation de base font qu’une augmentation des taux directeurs n’est pas prévue avant 2011”.

Et au Canada, pas de hausse avant au moins le dernier trimestre, selon Desjardins.

Crise à la Cour Suprême des USA

Lundi, 1er février 2010

Bien que les crises à gérer ne manquent pas présentement, Barack Obama s’attaque maintenant à la Cour suprême en dénonçant sa plus récente décision et en promettant de faire tout en son pouvoir pour la contester.

Le cas concerne une décision de la Federal Election Commission (FEC) d’empêcher un groupe conservateur appelé Citizens United d’utiliser ses propres fonds pour financer et promouvoir le film < Hillary:The Movie>, un documentaire très critique à l’endroit de la sénatrice qui tentait alors d’obtenir l’investiture du parti démocrate à l’élection présidentielle de 2008.

Par une décision de 5 voix contre 4, la Cour suprême a réfuté l’argumentation de la FEC qui veut limiter dans certains cas les contributions de sociétés américaines ou étrangères aux campagnes électorales.

Depuis la retraite en 2005 de la juge Sandra Day O’connor, qui assurait un fragile équilibre entre libéraux et conservateurs au sein de la cour, et son remplacement par le juge Samuel Alito, ainsi que le décès la même année du juge en chef William Rehnquist remplacé par le juge John Roberts, deux nominations de Georges W. Bush, la Cour suprême des États-Unis est majoritairement républicaine.

Les 5 voix conservatrices ont fait valoir le premier amendement à la constitution des États-Unis, soit celle qui garantie la liberté d’expression, pour justifier qu’il soit permis à quiconque en tout temps de financer un projet qui peut avoir comme conséquence de modifier l’opinion publique à la veille d’une élection.

Les 4 voix libérales insistaient pour leur part sur la nécessité de mécanismes pour empêcher que le résultat d’une élection à un poste public soit déterminé par la participation démesurée à la dernière minute d’un groupe d’intérêt, ce qui fausserait le jeu de la démocratie.

En somme, la question était de savoir si la sacro-sainte liberté d’expression permet à quiconque de s’ingérer dans le processus électoral au détriment peut-être de la démocratie elle-même ? La Cour suprême a répondu oui, ce qui a rendu Barack Obama furieux.

John Paul Stevens

Les décisions de la Cour suprême s’accompagnent généralement d’une opinion des juges qui ont voté contre. Dans le cas de FEC c. Citizens United , c’est le vénérable juge John Paul Stevens qui a rédigé l’opinion minoritaire. Le juge Stevens aura 90 ans en avril.

La bi-partisannerie de la Cour suprême est perçue par plusieurs comme un danger pour la démocratie américaine, et ce jugement en fournit sûrement un bel exemple. Dans son opinion, d’une grande sévérité à l’endroit de ses pairs, John Paul Stevens commence ainsi (je n’ai pas voulu traduire le texte afin de m’assurer de ne pas modifier le ton et le fond des propos du juge. ” The Court’s ruling threatens to undermine the integrity of elected institutions across the Nation. The path it has taken to reach its outcome will, I fear, do damage to this institution.” Et il poursuit:” Five justices were unhappy with the limited nature of the case before us, so they change the case to give themselves an opportunity to change the law.

Le juge Stevens explique qu’il voit dans ce jugement un danger pour l’individu. ” The Court’s blinkered and aphoristic approach to the First Amendment may well promote corporate power at the cost of the individual and collective self-expression the Amendment was meant to serve. It will undoubtedly cripple the ability of ordinary citizens, Congress, and the states to adopt even limited measures to protect against corporate domination of the electoral process.

Dans les années antérieures, la Cour s’était penchée à deux reprises sur une question similaire, soit les cas connus sous les  noms de Austin et McConnell. Dans les deux cas, la Cour avait tranché dans l’autre sens. John Paul Stevens conclut alors :” The only relevant thing that has changed since Austin and McConnell is the composition of this Court ”.

Si le jeune président des États-Unis veut s’attaquer à la Cour suprême, son meilleur allié est probablement le vieillard qui y siège.