Mercredi, 20 mai 2009
On a fait grand cas des fameux PCAA pour expliquer les déboires de la Caisse de dépôt en 2008. Mais en tentant d’expliquer qu’il n’avait pas fui le bateau parce que la tempête s’en venait, Henri-Paul Rousseau a candidement mis le doigt sur un problème probablement encore plus grand, soit une vision trop étroite des scénarios probables sur la scène économique et financière.
Devant les membres de la Commission parlementaire qui cherchent les explications à la perte de 40 milliards subie par l’institution en 2008, Henri-Paul Rousseau a été accusé d’avoir fui ses responsabilités en annonçant le 30 mai 2008 qu’il quittait la Caisse pour se joindre à Power Corporation.
M. Rousseau a répondu qu’il n’en était rien, car à ce moment, il croyait que la crise était terminé. ”À preuve, les marchés boursiers avaient recommencé à monter “, dit-il. Bien sûr, les marchés avaient été secoués violemment en février et mars principalement à cause des déboires du courtier américain Bear Sterns. Mais à la mi-mars, par un geste exceptionnel, la Réserve fédérale, de concert avec l’administration américaine, avait forcé et financé la fusion de Bear Sterns avec un autre grand courtier, soit JP Morgan. La nouvelle fut évidemment bien accueillie sur les marchés.
Henri-Paul Rousseau a dit devant la Commission parlementaire que la conclusion qu’il avait tirée de ces événements était que le gouvernement américain ne permettrait jamais la faillite d’une grande institution financière. Ainsi, il adhérait à la théorie des ” too big to fail “, c’est-à-dire que certaines banques, courtiers ou compagnies d’assurance étaient trop importants pour faire faillite et que le gouvernement interviendrait forcément le cas échéant. Plusieurs pensaient comme lui.
C’était une grave erreur. Six mois plus tard, Lehman Brothers déclarait faillite et Merrill Lynch était vendu in extremis à Bank of America. C’est à ce moment que la vraie crise commença. Et les marchés bousiers ont déboulé tellement vite que ceux qui n’avaient pas cru la chose possible n’ont pu rajuster à temps les portefeuilles pour éviter une partie des pertes. J’ai bien peur que ce fut le cas de la Caisse de dépôt. Les PCAA ont fait mal aux rendements de la Caisse, c’est sûr, mais ce manque de vision a dû couté encore plus cher.
M. Rousseau rétorquerait sûrement qu’il est impossible de prévoir ce qui va arriver. Je lui répondrais que ce n’est pas facile, bien sûr, mais que le rôle des gestionnaires consiste justement à établir des stratégies en fonction de la probabilité des événements. En accordant aucune probabilité au printemps 2008 à la faillite d’une grande institution financière américaine, Henri-Paul Rousseau a commis une grosse erreur.
Photo: Radio-Canada



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